Magicien de la nuit

 

Quand s'effondre la nuit sur les âmes meurtries,

Tu saisis au rebond l'amertume des larmes,

Des larmes de rouille, des sanglots d'agonie,

Des amours vert-de-gris dépouillées de leurs charmes.

 

 

Attaché à tes cils, un diamant de lune

Diffuse ses reflets de tendresse nacrés

Sur la page noire d'un ciel d'infortune,

Orne la voie lactée de ses clairs argentés.

 

De ta plume trempée dans l'encre des étoiles,

Tu copies l'Univers, et des yeux vagabonds

Aux cernes de chagrin cherchent entre les voiles

Un mot, une lettre, un éclat d'horizon.

 

 

Si la lune s'éteint dans des eaux de douleur,

La flamme de tes yeux rallume la chandelle,

Et, la plume à la main, élégant et seigneur,

Tu écris le Bonheur en lettres éternelles.

 

 

Michèle Brodowicz

280703

***

 

Toujours ce souvenir

 

Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche,

Quand lui-même appliquant la flûte sur ma bouche,

Riant et m'asseyant sur lui, près de son coeur,

M'appelait son rival et déjà son vainqueur.

Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre

À souffler une haleine harmonieuse et pure ;

Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,

Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,

Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,

À fermer tour à tour les trous du buis sonore.

André Chénier (1762-1794)

 

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