THEOLOGIE FICTION

LE MANIFESTE DU SCHISME MOU
Publié dans Catholicisme Humour du 11/01/2007Est-ce un véritable manifeste théologique? Un canular, une provocation? A vous de voir.
Mais il pourrait remettre en cause quelques éléments de réflexions
sur l’organisation exclusive de nos Églises chrétiennes et quelques éléments intouchables de leur doctrine ou de leur discipline…

LE PHARISIEN LIBERE

LE MANIFESTE DU SCHISME MOU
(Théologie fiction)

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Cette page est un extrait de ce site dérangeant, au cas où il ne fonctionnerait plus pour une raison ou une autre...

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LIMINAIRE :
Compte tenu du succès remporté à notre époque par le concept de “consensus mou” et du fait que ce concept commence à nous coller sérieusement aux doigts comme le caramel du même nom

Compte tenu aussi du fait qu’à l’intérieur même de l’Église catholique se développe un phénomène étrange de “consensus mou” autour de notions aussi floues que rigides, telle que la “fidélité au pape” dans la plus grande confusion des sensibilités, des convictions, des appartenances et même des rites liturgiques, au détriment d’une saine perception de la notion de communion ecclésiale,

Compte tenu du fait que ce consensus mou s’accompagne de convictions dures sur des sujets éminemment discutables à propos desquels on voudrait nous faire croire que la discussion est définitivement close

Compte tenu du fait qu’un certain nombre de ces convictions dures créent de fait à l’intérieur de l’Eglise catholique des situations de schisme larvé que dissimule un unanimisme de façade et afin de sortir de l’impasse où nous mène cette conjonction consensus mou-convictions dures, nous avons développé le concept de “schisme mou”, qui consiste à identifier et nommer clairement un certain nombre de sujets qui sont aujourd’hui des points de rupture entre chrétiens.

Sur chacun de ces sujets, dans un souci de clarté et mû par le seul désir de servir le peuple, nous avons formulé en termes clairs, sous forme d’anathèmes, les principales erreurs menaçant la Vraie Foi.

Nous entendons ainsi, en recourant à l’antique tradition de l’Église indivise, réagir contre une situation dont l’ambigüité pourrait égarer bien des fidèles et provoquer le scandale des plus faibles.

NOTA BENE
Après une première version diffusée ad experimentum au cours de l’été 1998 et néanmoins sous le manteau (car juillet 1998 a été frais), nous avons opéré au printemps 1999 quelques corrections dans le texte, en tenant compte des remarques des frères et même des soeurs, voire des hérétiques, qui ont pris la peine de nous en communiquer.

Au terme d’une nouvelle période de réflexion, nous publions ici une nouvelle version de ce texte, afin de susciter la réflexion des fidèles, le scandale des excités et le rire des bienheureux qui ont reçu l’humour en partage

Alors voilà :


CHAPITRE1. DE DIEU ET DE L’EGLISE
Il est créé une association virtuelle nommée “Église de Jésus Christ” dont les membres se nomment les chrétiens, sans qu’ils éprouvent le besoin de revendiquer une autre appellation. Les chrétiens affirment que Dieu, unique créateur et père de tous, existe de toute éternité, qu’il est invisible et inaccessible à nos sens, sauf sous les traits de ses créatures les hommes, voire même les femmes, dont la Bible nous dit qu’il les créa à son image.

C’est pourquoi, pour les chrétiens, il n’existe et ne peut exister d’autre représentation de la divinité que celle de sa gloire manifestée en l’homme vivant (Irénée de Lyon).

« Dieu, nul ne l’a jamais contemplé » (1 Jean 4,12). C’est pourquoi, afin de se garder de la tentation d’idolâtrie, on n’adorera pas d’images de Dieu ni d’autres personnages, taillées ou peintes, ni même d’évêques ou de statues itinérantes montés sur des véhicules vitrés.

CHAPITRE 2. DE JESUS
Jésus est un homme né d’une femme, Marie, voici environ deux mille ans. Il est semblable aux autres hommes en tout, excepté qu’il a parlé et agi toute sa vie selon la volonté de Dieu, jusqu’à donner sa vie pour ses frères et surs en humanité. C’est pourquoi ceux-ci, voyant que chacune de ses paroles, chacun de ses faits et gestes nous parlent de Dieu d’une manière qui nous touche au plus profond de notre être, le nomment “Fils de Dieu” et l’ont désigné comme le Christ ou le Messie, c’est-à-dire celui qui a reçu de la part de Dieu une mission symbolisée par une onction.

En conséquence:

- Celui qui dit que Jésus a été conçu du Saint-Esprit est assurément mû par de bonnes intentions mais franchement, il ne sait pas trop de quoi il parle. C’est pourquoi les théologiens sont vivement invités à approfondir cette question, verrouillée depuis les conciles christologiques, et à nous fournir là-dessus quelques éclaircissements plausibles.

CHAPITRE 3. DE MARIE
Marie est la mère de Jésus, dit “Fils de Dieu”, ce qui lui vaut tout logiquement le titre de “mère de Dieu”. Elle est une sainte femme – la simple juxtaposition de ces deux mots met en lumière son caractère d’exception… – qui a fait toute sa vie la volonté de Dieu, ce qui lui vaut d’être réputée sans péché. Elle est respectée et vénérée par les chrétiens comme celle qui a mis au monde Jésus, mais ne peut faire l’objet d’aucun culte, car celui-ci risquerait de devenir une idolâtrie contraire à la foi au Dieu unique.

En conséquence :

- Celui qui prétend que Marie est co-rédemptrice, qu’il soit anathème. Quant à savoir si elle est toujours vierge, franchement, on n’en voit pas l’intérêt.

CHAPITRE 4. DE JOSEPH
Joseph, l’époux de Marie, n’a jamais rien dit; il avait pourtant de sérieuses raisons de se plaindre. C’est pourquoi, suivant sagement son exemple, nous n’en dirons pas davantage à son sujet

CHAPITRE 5. DES COMMANDEMENTS
Le coeur du message chrétien tel qu’il nous est adressé est le double commandement: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu” et “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, qui constitue un tout indissociable. Il est développé dans la Bible, qui nous révèle quelle est la volonté de Dieu : aimer son prochain, défendre le faible et l’opprimé, accueillir l’étranger, qui sont autant de figures de Dieu. Il n’y a pas d’autre manière d’être fidèle à Dieu : “En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas” (1 Jean 4, 20)

L’amour l’emporte sur toute considération de conformisme doctrinal, d’observance rituelle ou de pratique religieuse : «Aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu» (1 Jean 4,7).

En conséquence:

- Celui qui prétend que la volonté de Dieu peut être contenue dans des décisions humaines qui contrarieraient la légitime aspiration de l’homme au bonheur de l’homme, ou qui seraient contraires à sa conscience, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 6. DU PRETRE
Le seul prêtre, seul médiateur entre Dieu et l’humanité est le Christ, dont les évêques et les prêtres sont les ministres.

En conséquence :

- Celui qui dit que le prêtre est “un autre Christ”, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 7. DE LA PROFESSION DE FOI ET DU BAPTEME
La confiance en la Bonne nouvelle de Jésus telle que nous la recevons à la lecture des évangiles est la seule condition requise pour devenir chrétien. L’affirmation de cette confiance se fait sous la forme d’une profession de foi solennelle au cours de la célébration du baptême.

Par le baptême, celui qui accueille avec confiance la Bonne Nouvelle se reconnaît pécheur et reçoit le pardon de Dieu, offert gratuitement une fois pour toutes et pour toute l’humanité.

CHAPITRE 8. DES SACREMENTS ET DU SALUT
Si l’on en croit les évangiles, Jésus n’a institué que deux sacrements : le baptême et l’eucharistie.

Le baptême est l’unique sacrement du pardon, par lequel nous bénéficions du salut gratuitement offert une fois pour toutes en Jésus-Christ. Toutefois, avant d’accueillir la Parole et de célébrer le mémorial de la Cène, l’assemblée des chrétiens se souvient qu’elle est faite de pécheurs, et le ministre qui la préside lui rappelle qu’elle est un peuple de baptisés, pardonnés par la grâce de Dieu.

En conséquence :

- Celui qui affirme qu’il existerait d’autres sacrements institué par Jésus et que ceux-ci seraient nécessaires au salut, qu’il soit anathème.

- Celui qui dit qu’il serait nécessaire d’avouer personnellement ses fautes à un ministre en particulier pour recevoir le pardon de Dieu, qu’il soit anathème.

L’eucharistie est la célébration du mémorial de l’unique sacrifice du Christ, conformément à sa parole “faites ceci en mémoire de moi” et non l’accomplissement d’un nouveau sacrifice rédempteur que l’on pourrait multiplier à volonté comme autant d’actions de salut.

En conséquence :

- Celui qui dit que la messe est le renouvèlement et non le mémorial du sacrifice de la croix, qu’il soit anathème.

Le salut est offert gratuitement à la multitude des hommes, par la seule grâce de Dieu; les oeuvres humaines ne sont pas des moyens de salut mais la réponse du pécheur pardonné à cet amour librement offert.

Dieu accorde son salut à qui bon lui semble, sans souci des étiquettes confessionnelles ni des orthodoxies, sa liberté n’étant pas contrainte par les règles religieuses instaurées par les hommes.

En conséquence :

- Celui qui dit que le salut peut se mériter par les oeuvres humaines, qu’il soit anathème.

- Celui qui dit “Hors de l’Église, point de salut”, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 9. DES MINISTERES OU SERVICES
Tout baptisé est, avec le Christ, prêtre, prophète et roi. Les ministères (autrement dit : les services) ne sont que des fonctions conférées par l’Église, qui ne changent pas la nature de ceux qui les exercent. On ne voit donc pas pourquoi ces fonctions devraient revêtir le caractère d’une marque indélébile, et par conséquent on ne voit pas pourquoi elles ne pourraient pas être confiées pour un temps limité.

Si Jésus n’a appelé que des hommes pour être apôtres, c’est que selon la culture de son époque, il ne pouvait en être autrement. C’est pourquoi les ministères peuvent être confiés indifféremment à des hommes et à des femmes, selon leurs compétences et leurs charismes. La communauté appelle à son service qui bon lui semble, en seule considération de ses besoins et de l’aptitude de ceux qu’elle appelle.

En conséquence :

- Celui qui dit que la grâce accordée aux ministres change leur nature, qu’il soit anathème.

- Celui qui conçoit le ministère comme un pouvoir et non comme un service, qu’il soit anathème.

- Celui qui dit qu’une femme ne peut être ministre pour la seule raison qu’elle n’est pas un homme, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 10. DE L’AUTORITE DANS L’EGLISE
Le seul “chef” – c’est-à-dire la seule tête (caput) – de l’Église de Jésus Christ est le Christ lui-même, lui qui est mort de la faute des hommes, que Dieu a ressuscité et a fait Seigneur. Aucun responsable de la communauté des chrétiens ne peuvent donc se prétendre “chef de l’Eglise” mais seulement serviteurs de ses frères. Jésus a dit en effet “Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir”.

C’est pourquoi sont absolument proscrits :

•- la recherche de la richesse ou du pouvoir ou l’affirmation qu’on détient seul un charisme pour dire à ses frères quelle est la volonté de Dieu;
•- l’affirmation qu’un seul pourrait énoncer de manière infaillible quelle est la vraie foi. En effet, la recherche de la vérité est l’affaire de tous et c’est le peuple de Dieu tout entier qui “ayant reçu l’onction qui vient du Saint, ne peut se tromper en matière de foi” (IIe concile du Vatican, L.G.).
Un ministre peut être délégué à exprimer ce que la communauté croit, mais non à définir a priori ce que la communauté devrait croire.

En conséquence :

- Celui qui dit qu’il est de droit divin le chef de ses frères, ou qu’il aurait reçu mission de leur dire sans discussion possible quelle est la volonté de Dieu ou ce qu’il faut croire, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 11. DE ECCLESIA “SEMPER REFORMANDA”
La communauté des chrétiens est consciente qu’étant faite d’êtres humains, pécheurs par nature, elle doit en permanence se réformer pour être fidèle à l’Évangile. C’est pourquoi aucune des règles qu’elle se donne n’est irréformable, y compris celles touchant à la liturgie et aux sacrements. Les seuls points irréformables sont : la stricte fidélité à l’Évangile, la profession de foi apostolique et le refus de toute fonction qui ressemblerait à l’exercice d’un pouvoir personnel ou hiérarchique.

En conséquence :

- Celui qui dit qu’une règle antérieure de l’Eglise s’impose définitivement à tous de manière irréformable, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 12. DE LA TRADITION VIVANTE


Depuis la Pentecôte, l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre dans l’Église. Celle-ci est un corps vivant et le contenu de la foi chrétienne est sans cesse à explorer pour mieux le comprendre, sous la motion de l’Esprit, à la lumière de l’expérience vécue et avec l’aide des ressources intellectuelles de chaque époque. En particulier, l’expression de notions traditionnelles, telles que, par exemple, “péché originel” et “salut“, feront l’objet d’un travail théologique constant afin d’en exprimer le message, sans en altérer la signification profonde, de manière intelligible à chaque époque et dans chaque culture.

En conséquence:

- Celui qui dit que la révélation est un dépôt figé qui ne doit pas être sans cesse mieux exploré, compris et réinterprété par la communauté chrétienne sous la mouvance de l’Esprit, qu’il soit anathème.

- Celui qui dit que la tradition de l’Église est une seconde source de la révélation, indépendante de la Bible, et non la simple interprétation permanente de celle-ci, qu’il soit anathème.

CHAPITRE 13. DE “VOX POPULI, VOX DEI.”


Le Peuple de Dieu a reçu l’assurance que lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, le Christ est présent au milieu d’eux par son Esprit. Les décisions importantes seront donc prises en synode, conforménent à la tradition ancienne de l’Église.

Le synode est constitué de délégués démocratiquement élus par chaque communauté locale. La première assemblée synodale, réunie sans quorum, statuera sur la loi électorale et les modalités de fonctionnement du synode. Pour cette première assemblée, chaque communauté, quelle que soit son importance numérique, disposera d’une seule voix à l’assemblée, même si cela fait des mécontents, et les décisions seront prises à la majorité des deux tiers. Et toc.

En conséquence :

- Celui qui dit que le synode n’a pas le pouvoir de décider au nom de l’Église, qu’il soit anathème.

- Celui qui prétend qu’en raison d’un charisme particulier qu’il aurait reçu de Dieu, lui seul

peut décider de ce qu’il faut retrancher ou retenir des décisions synodales, qu’il soit anathème.

Amen !

Signé : La Fraternité des chrétiens pour le schisme mou

(qui ne manquera pas, si le besoin s’en fait sentir, de réclamer soit son érection en prélature personnelle,
soit le bénéfice d’un “motu proprio” afin de pouvoir profiter au sein de l’Église des mêmes libertés et exemptions que d’autres).

 

Hervé Boulic (décédé en 2002)

texte republié à l’occasion de la semaine de l’unité des chrétiens

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